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Éleveur d'ours à Ercé - AriegeL’animal mythique de la chaîne Pyrénéenne; l’ours brun fait partie intégrante de l’histoire des hommes du Couserans. Sa présence constante imprègne la toponymie des Pyrénées et plus particulièrement en Ariège ou après une longue cohabitation forcée, marquée par un conflit permanent entre son culte et les intérêts des éleveurs, il est devenu le centre d’une véritable question sociétale entre la survie d’une espèce et la remise en cause d’une tradition pastorale enjeu de développement économique et touristique.

Autrefois considéré comme trophée de chasse et de valorisation du territoire, l’ours a fini par disparaître de l’environnement local. Source de revenus, chasse princière, puis d’exploitation au XIX siècle par les orsalhers, (on comptera en 1880 près de 200 montreurs d’ours en Couserans), cette pratique développée sur ce territoire en vallées du Garbet et de l’Alet notamment engendrera toute une légende bâtie sur la rencontre de deux mythes : l’asservissement d’un animal sauvage et redouté et la pratique du colportage dans ce secteur économiquement pauvre et surpeuplé.
C’est ainsi qu’au travers de la migration des orsalhers vers les Etats-Unis, s’est développée toute une thématique autour du phénomène d’émigration vers les « Amériques » qui perdurera après la Deuxième Guerre Mondiale. Aujourd’hui célébrée dans les fêtes de la vallée du Garbet, notamment à Ercé, cette thématique démontre combien la présence de l’Ours est partie prenante de l’histoire de ce territoire. Chassé, pourchassé, tant pour l’orgueil du chasseur que pour la valeur du trophée, la peau essentiellement, que tout aristocrate se devait de posséder, la population des ursidés sur le Couserans finit par décliner si bien qu’à compter de 1964, cette pratique fut interdite, sauf quelques « accidents ». La chasse, le braconnage ne suffise pas à expliquer la fin de ce grand fauve. La disparition de l’homme de son territoire est une corrélation qui, dans le Couserans, rend encore plus difficile la cohabitation que les diverses gouvernances tentent de rétablir.

L’Etat Français qui en 1982, édicte le plan Ours, l’émergence des mouvements écologistes, le plan Natura 2000, bref tout un panel de conventions aboutit à une volonté de réintroduction de l’ours dans les Pyrénées pour la survie de l’espèce. En 1996 est lâchée à Melles, en Comminges l’ourse Ziva issue de Slovénie, la première d’un programme pluriannuel de réintroduction de l’espèce en Pyrénées Centrales. Cette opération largement médiatisée catalyse la colère des éleveurs et autres agriculteurs locaux qui se disent incompris, méprisés par les gouvernants et se sentent impuissants à se faire entendre. Après moult péripéties, la liste est loin d’être exhaustive, se trouve posé le débat entre une minorité de gens attachés à leur culture, à la défense de leur mode de vie, de l’avenir de l’économie pastorale, du devenir de cet ensemble humain culturel et géographique du Couserans et les réalités économiques et les choix sociétaux. Comment faire cohabiter l’homme et l’animal sur un territoire partagé dont les données ne sont désormais plus simplement locales mais inscrites dans des options obéissant à des règles internationales, (convention de Berne sur la protection des grands prédateurs) ?

Les ours réimplantés se réapproprient les espaces de leur aînés, le Couserans abrite l’essentiel de la population des ours de la chaîne Pyrénéenne. Les chiffres officiels sont sujets à suspicion. Ebranlés dans leurs certitudes et leurs traditions, les Couserannais font de ce combat un parangon de leur capacité à résister à tout ce qui leur est imposé comme l’avait fait leurs ancêtres (chapitre Guerre des Demoiselles). La survie de cet animal interpelle sur les fondements de notre société. Doit-on laisser une espèce disparaître naturellement ou doit-on intervenir pour que les générations futures s’appuient sur du vivant et non sur une représentation iconographique ? Il faudra raison garder pour que le Couserans terre rude et fière ne soit pas sanctuarisée au détriment des hommes qui ont forgé son caractère, son identité et son histoire. Celle-ci est intimement mêlée à celle de l’ours. Cet emblématique et fascinant animal, le dernier grand prédateur Européen que l’on retrouve dans quelques pays , enjeu d’un choix de société continue de trouver sur le Couserans un environnement et un biotope propice à sa survie. Son emprunte sur les pentes de nos montagnes s’incruste dans les pas Gascons des femmes et des hommes du Couserans. Que leurs traces se perpétuent pour la renommée du Couserans et celle des Hommes des Pentes….


Pierre Séguy

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